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Après l'euphorie, l'embouteillage sur l'autoroute des kilodollars
information fournie par Zonebourse 12/06/2026 à 10:45

Si les traitements contre l'obésité existent depuis plusieurs décennies avec des succès très relatifs, comme celui des amphétamines entre les années 1940 et 1950, la première révolution est intervenue en 2021 avec le Wegovy de Novo Nordisk, suivi deux ans plus tard du Zepbound d'Eli Lilly. Aujourd'hui, ces deux laboratoires forment un quasi-duopole et captent près de 90% d'un marché estimé entre 35 et 45 milliards de dollars cette année, ou entre 87 et 101 milliards de dollars en incluant les traitements contre le diabète.

Les autres laboratoires veulent aussi leur part du gâteau et des dizaines de nouveaux entrants ont des produits en cours de développement pour essayer de renverser les deux géants du secteur.

Ces médicaments agissent principalement en imitant des hormones naturelles qui régulent l'appétit, la satiété et le métabolisme. Ils ne se contentent pas de stimuler le système nerveux, comme certains traitements auparavant. Ils parviennent à modifier la façon dont le cerveau et l'organisme perçoivent la faim. Par exemple, le Wegovy, l'Ozempic et le Zepbound imitent le GLP-1 (Glucagon-Like Peptide-1), une hormone produite par l'intestin après un repas.

Novo Nordisk et Eli Lilly

Commençons par le pionnier du secteur, Novo Nordisk. Au premier trimestre, les ventes de ses produits contre l'obésité ont représenté 29,85% du total, ou 93,98% si l'on prend en compte le chiffre d'affaires des produits contre le diabète. Ces données sont impressionnantes, mais relativement normales car Novo Nordisk est peu diversifié et positionné sur le diabète, l'obésité et la santé métabolique.

Les chiffres sont presque plus impressionnants pour Eli Lilly, qui est un laboratoire généraliste disposant en outre d'une exposition importante à Alzheimer, à l'oncologie et à l'immunologie. Sur les trois premiers mois de l'année, les traitements contre l'obésité de l'Américain ont généré 12,822 MdsUSD de ventes, sur un total de 19,799 MdsUSD, soit une part de 63,13%.

Le point commun entre ces deux sociétés, au niveau boursier, est qu'elles ont occupé la première place des capitalisations boursières mondiales dans le secteur de la pharmacie. La capitalisation de Novo Nordisk, une société danoise, a même plusieurs fois dépassé le PIB du Danemark. Au niveau des records, Eli Lilly est la première société de la santé à dépasser 1 MdUSD de capitalisation boursière : elle occupe la 12e place, entre le Coréen Samsung Electronics et la société américaine d'investissement de Warren Buffett, Berkshire Hathaway.

Si Novo Nordisk est considéré comme un pionnier, depuis quelques années, le titre a connu un parcours difficile en bourse. Depuis son plus haut historique touché fin juin 2024, le titre a perdu près de 73% de sa valeur. Cette forte baisse est liée à la correction d'un marché qui était devenu excessivement optimiste, sur fond d'inquiétudes concernant la suite et notamment sur le traitement qui pourra prendre le relais du Wegovy. Novo a, en outre, accumulé les avertissements sur résultats et les déconvenues concernant sa capacité à conserver son leadership, face notamment à Eli Lilly.

À l'inverse, l'action Eli Lilly est à son plus haut historique : depuis la commercialisation de son premier produit contre l'obésité, elle a flambé d'environ 90%. La hausse est principalement liée au succès de ces traitements, mais le groupe a enregistré d'autres victoires, notamment avec le Kisunla. Avec ce produit, le laboratoire s'est ouvert un marché colossal : le traitement des formes précoces de la maladie d'Alzheimer.

Le passage de deux acteurs à plusieurs et la nouvelle génération

Aujourd'hui, ces deux acteurs vont être confrontés à une rude concurrence, même si le marché devrait poursuivre son hypercroissance. Le secteur devrait dépasser 100 milliards de dollars de chiffre d'affaires annuel d'ici 2030, et certaines hypothèses évoquent même 190 milliards de dollars en incluant les indications diabète-obésité.

Le marché va également changer avec l'arrivée d'une formulation orale, plus facile à utiliser que les injections. Novo Nordisk est également le premier laboratoire à avoir commercialisé son Wegovy sous forme de pilule aux États-Unis en début d'année. Le traitement sous cette forme a également reçu l'approbation des Emirats arabes unis pour un lancement immédiat le 3 juin. En Europe, le 22 mai dernier, le Comité des médicaments à usage humain de l'Agence européenne du médicament a rendu un avis favorable recommandant l'octroi d'une autorisation de mise sur le marché pour le Wegovy oral. La commercialisation est attendue au second semestre de cette année.

Eli Lilly reste en embuscade étant donné que son produit par voie orale a fait son entrée sur le marché américain peu de temps après celui de Novo Nordisk. Là où Eli Lilly pourrait accentuer son avantage sur la concurrence, c'est avec la deuxième génération de ces traitements. Son Retatrutide a permis d'obtenir une perte de poids approchant 30% à la dose la plus élevée au bout de 104 semaines de traitement. À titre de comparaison, lors d'une étude comparative, le CagriSema, le traitement de nouvelle génération de Novo Nordisk, a permis une perte de poids de 23% après 84 semaines, contre 25,5% pour les patients ayant reçu le Tirzepatide (la molécule présente dans le Zepbound et le Mounjaro d'Eli Lilly).

Derrière les deux géants, d'autres laboratoires cherchent à se tailler une part du gâteau. Parmi eux, il y a le Survodutide de Zealand Pharma et Boehringer Ingelheim. Son positionnement est toutefois un peu différent car il vise non seulement la perte de poids, mais aussi une réduction importante de la graisse viscérale et hépatique, ce qui le rend attractif pour les patients atteints de MASLD/MASH (la maladie du foie gras métabolique et son stade inflammatoire le plus sévère).

D'autres entreprises ciblent, outre la perte de poids, la réduction du risque cardiovasculaire, des bénéfices dans l'apnée du sommeil, une préservation de la masse musculaire, une meilleure tolérance digestive ou encore des schémas d'administration plus simples, notamment mensuels. Parmi les plus connues ou les plus avancées, on retrouve : Amgen, Roche, AstraZeneca, Pfizer ou encore Viking Therapeutics.

Embouteillage réglementaire, commercial et industriel

Avec l'arrivée de toute cette concurrence, des dizaines de candidats-médicaments sont actuellement en développement. Entre 2026 et 2030, de nombreux résultats d'études de phase III sont attendus. Les laboratoires sont en concurrence pour recruter le même type de patients et le coût des études augmente.

En outre, annoncer une perte de poids moyenne de 10% n'est plus suffisant : il faut prouver une meilleure efficacité, une meilleure tolérance, une administration plus pratique et/ou de nouvelles indications.

Les agences sanitaires vont voir affluer simultanément de nombreuses études avec des molécules nouvelles, des combinaisons différentes, des formulations innovantes et des extensions d'indications. Chaque dossier nécessite des données de sécurité sur plusieurs années, une surveillance cardiovasculaire et l'analyse d'effets secondaires parfois complexes.

Ensuite, une fois le traitement approuvé, il faut le produire et la fabrication des peptides GLP-1 nécessite des capacités très spécifiques. Les deux géants du secteur ont déjà investi plusieurs dizaines de milliards de dollars dans leurs capacités industrielles. Les nouveaux arrivants vont devoir trouver des usines, des fournisseurs, des capacités de remplissage et de conditionnement.

Enfin, certains peuvent également se démarquer par le prix. Si leur efficacité n'est plus à prouver, un an de traitement coûte entre 5 000 et 15 000 dollars par patient selon les pays et les niveaux de remises accordées. Il faut également prendre en compte les assureurs santé. Certains rechignent à rembourser une partie du traitement, car si le patient change de "mutuelle" après avoir bénéficié du remboursement de son traitement contre l'obésité, ce sera son nouvel assureur qui bénéficiera des économies de santé. Ces dernières proviennent des bénéfices à long terme (moins d'infarctus, moins d'AVC, moins de diabète, moins de MASH...).

En France, la Sécurité sociale a officialisé le remboursement des médicaments anti-obésité, tels que Wegovy et Mounjaro, à partir du 15 juin 2026. Le remboursement est réservé aux patients ayant un IMC élevé ou associé à des comorbidités, et qui n'ont pas perdu au moins 5% de leur poids après six mois de régime et d'activité physique. Le taux de remboursement a été fixé à 65% par l'Assurance maladie, avec une majorité de patients bénéficiant d'un remboursement à 100% en raison de leur état de santé.

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